(InterAfrique)- Le leader africain de demain est celui qui cultivera dans son domaine de spécialisation l’esprit d’entreprenariat et qui cherche, de façon continue, le savoir et les connaissances. C’est ce qui ressort des échanges qui ont réuni plusieurs experts lors du premier panel qui a ouvert les activités au deuxième jour de la 3ème édition des « Débats du Monde Afrique ».

« Où et à quoi sera formée la prochaine génération de leaders africains ? » C’est le thème aguicheur qui a été soumis à la réflexion aux participants à la 3ème édition des « Débats du Monde Afrique ». Pour les intervenants Sobel Ngom de African leaders initiative, Daouda Mbor Thiaw, associé Dalberg, ou encore Hamidou Ann de l’Afrique des idées, le lieu de formation n’est pas déterminant sur la qualité du produit. Toutefois, ils reconnaissent qu’obtenir un diplôme de prestigieux instituts a des avantages qu’il ne faudrait pas nier.

« Je ne regrette pas d’avoir étudié à l’étranger ». Cette phrase lancée par le président directeur général de l’Institut africain de management (Iam), Moustapha Guirassy, écarte l’objection de la recherche du savoir et des connaissances au-delà des frontières de l’Afrique, d’autant plus que le continent est dans un monde globalisé.

Aussi, les intervenants ont-ils discuté de la tendance globale vers la formation en management. La ruée vers cette discipline, avancent des observateurs, peut avoir des effets néfastes sur la prise en compte, de façon holistique, des problèmes de développement. Ces questions ne doivent pas être uniquement sous-tendues par le souci d’efficacité économique. « Tout le monde ne peut pas devenir manager. Nos pays, dans leur conquête du progrès, ont aussi besoin des ingénieurs, des médecins.

Chacun dans sa spécialité apportera sa contribution à la transformation de l’Afrique », a défendu Hamidou Ann. Sobel Ngom lui a presque emboîté le pas lorsqu’il a déclaré : « L’esprit d’entreprenariat ne s’acquiert pas uniquement dans des universités et des instituts de formation ». En tout état de cause, l’approche de la transmission du savoir dans des universités et instituts de formation du continent a montré ses limites. Par conséquent, il est nécessaire d’opérer des ruptures afin de se rapprocher des standards internationaux.

Cultiver l’esprit d’entreprise
« Nos étudiants sont à la recherche d’un nouveau modèle d’enseignement. Certains ne sont plus à l’aise dans des amphithéâtres. Il nous faut réinventer la manière d’enseigner en affirmant notre africanité. Il nous faut revenir à nos valeurs et donner en exemple nos références », a suggéré l’ancien ministre de la Communication Moustapha Guirassy.

Tout de même, il a estimé que la culture de l’esprit d’entreprise est plus que nécessaire. C’est la voie pour éveiller chez les apprenants leurs talents, leurs capacités à se surpasser. « Les jeunes ne s’émerveillent plus des merveilles de l’Afrique. L’entreprenariat peut aider à donner sens à leur existence », a défendu M. Guirassy.

Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Mary Teuw Niane, a abordé la nécessité de prendre les nouvelles réalités du monde du travail et aussi l’exigence de relever les défis qui interpellent l’Afrique. « A l’instar des autres pays africains, le Sénégal se trouve face à l’exigence de la redéfinition et de la production d’un système de savoirs, à la fois enraciné et ouvert, productif et compétitif, pour être le catalyseur du processus de l’émergence économique, sociale et culturelle », a-t-il souligné. L’introduction des ruptures est la voie obligée, mais qui n’est pas facile à emprunter. Les réformes soulèvent souvent des remous, comme l’a souligné le Pr Niane lorsqu’il a noté : « Réformer n’est pas facile ! Lorsqu’un système est assis sur des certitudes fortes et une tradition solidement ancrée chez les acteurs et même chez les bénéficiaires, lorsqu’il est dépassé et qu’il est plombé par beaucoup de manques et de manquements, le changer est particulièrement difficile ».
Cette 3ème édition des « Débats du Monde Afrique » a enregistré la participation d’universitaires, d’acteurs du système éducatif et de responsables d’écoles et instituts de formation.

Idrissa SANE/lesoleil.sn

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