(InterAfrique)-Soutenu par les plus grands business angels et investisseurs américains, marocains et africains, le nouveau fonds de capital amorçage marocain dédié aux startups africaines vient de voir le jour après un travail de trois années sur le terrain. Sa directrice générale, Kenza Lahlou, décline les ambitions de cet instrument de financement.

Pourquoi avoir lancé ce fonds de capital amorçage ?
Kenza Lahlou : Nous sommes partis d’un constat simple : il y a beaucoup de startups qui démarrent au Maroc, mais pas assez qui réussissent à devenir des startups à fort potentiel. C’est aussi le cas dans pas mal d’écosystèmes émergents. Nous manquons de startups à fort potentiel. Les investisseurs internationaux nous contactent pour investir de gros tickets dans des startups matures. À chaque fois, nous présentons toujours les mêmes. Nous sommes convaincus qu’il y a du talent mais que les entrepreneurs manquent d’accès aux ressources appropriées pour croître, à savoir le capital et les ressources immatérielles. Notre objectif est de changer cette donne et pouvoir ainsi générer un pool de startups à fort potentiel, qui pourront travailler avec les entreprises et les accompagner jusqu’à leur prochaine levée de fonds avec les investisseurs en capital-risque internationaux. L’objectif final : créer des succes stories africaines.
La particularité d’Outlierz est qu’il s’agit de fonds lancés par des entrepreneurs pour les entrepreneurs. Nos principaux bailleurs de fonds sont des business angels (investisseurs providentiels) qui ne viennent pas du monde institutionnel mais qui sont plutôt des entrepreneurs. Comme par exemple Michael Seibel, le PDG de YCombinator, l’accélérateur de startup le plus reconnu de la Silicon Valley qui est derrière le succès de Airbnb et Dropbox. Nous apportons une approche entrepreneuriale à l’investissement en capital. Nous allons sur le terrain, nous comprenons les problématiques et regardons les startups d’un œil différent. Nous investissons au stade amorçage et croissance (série A), avec des tickets qui vont de 500.000 DH à 2 millions de DH. C’est un domaine très risqué mais qui présente beaucoup de potentiel. Nous sommes parmi les pionniers en Afrique

À qui est destiné Outlierz ?
Nous sommes dédiés à toute l’Afrique. Nous avons reçu plus de 250 dossiers, principalement du Kenya, du Nigeria et d’Afrique du Sud. Ces trois écosystèmes sont les plus dynamiques et les plus émergents en Afrique. La qualité du deal flow (flux de dossiers d’investissement présentés aux professionnels du capital-investissement) y est intéressante. Les startups marocaines nous ont aussi contactés, et nous avons été agréablement surpris de la qualité de certaines d’entre elles. Le secteur dominant est la finectech, notamment en Afrique subsaharienne. D’autres startups qui opèrent dans l’agritech, marketplace, e-commerce… en plus des industries traditionnelles comme la healthtech, l’éducation et le microcrédit. Notre objectif est de pouvoir les accompagner dans leur croissance avec les banques marocaines installées en Afrique et les autres partenaires africains. Les candidatures sont ouvertes pour les startups basées en Afrique ainsi que les startups africaines basées à l’international. Notre principal critère ne réside pas dans le fait qu’une startup soit déjà profitable, mais plutôt qu’elle dispose d’un fort potentiel de croissance.

Quelle est la part réservée aux startups marocaines ?
Nous n’avons pas de parts réservées aux startups marocaines. Nous avons envie qu’il y en ait parmi les succès que nous espérons générer. Nous voulons que notre écosystème réussisse.

Comment va-t-il opérer ?
Nous ne nous contentons pas d’investir. Nous proposons du smart capital. Tout d’abord, nous recevons des dossiers d’investissement que nous analysons. Nous nous focalisons sur la mentalité de l’entrepreneur et s’il dispose d’un produit ayant un début de traction (des premiers clients et un peu de chiffre d’affaires). Ce qui est important pour nous est la capacité d’exécution. La décision d’investissement se base sur un modèle innovant: nous organisons des interviews avec l’entrepreneur. Si le projet est intéressant, nous entamons la phase de qualification. Nous travaillons de manière rapprochée avec l’entrepreneur, l’aider dans sa croissance en lui donnant accès à nos ressources immatérielles (conseillers, réseau, accès au marché…) et des services d’habitude payants que nous lui offrons gratuitement ou à prix compétitif, par exemple le service juridique, de relation presse, outils marketing, Cloud… Nous voulons que la startup ait accès au maximum de ressources pour mieux grandir pendant cette phase. C’est une autre manière de faire de la due diligence (diligence raisonnable) pour les startups au stage amorçage.

Quelle est la procédure pour bénéficier de l’aide du fonds ?
Il y a quatre critères. Tout d’abord, nous regardons l’entrepreneur, l’équipe et leur capacité à exécuter. Deuxièmement, la startup doit avoir un produit sur le marché et une traction. Le troisième, le business model doit être duplicable sur d’autres marchés avec peu de capitaux. Le dernier critère, la startup doit avoir dès le départ une vision régionale, continentale ou mondiale et que son produit et business model puisse permettre d’aller sur plusieurs marchés en ayant une faible intensité capitalistique. Par exemple, Uber peut facilement s’installer dans d’autres marchés avec très peu de moyens parce qu’elle garde la même technologie et n’achète pas de voitures, ce qui n’est pas le cas d’un restaurant ou d’une usine.

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