Mieux connaître une personne en scrutant ses comptes Facebook, Twitter et Instagram. Cette pratique, qui est plutôt l’apanage des recruteurs, pourrait bientôt occuper le service d’immigration américaines.

Désormais, durant la procédure pour obtenir ce document, il sera demandé de fournir les liens vers vos comptes sur les réseaux sociaux, Facebook et Twitter, évidemment, mais aussi Instagram, YouTube, Tumblr, etc. L’idée est de pouvoir vérifier que la personne demandant le document ne constitue pas une menace envers les USA.

Si les cases ne sont pas obligatoires lors du remplissage du formulaire, le risque existe toutefois que la demande soit refusée, par suspicion, et cela alors même que tout le monde ne possède pas forcément aujourd’hui de compte sur les réseaux sociaux. Par ailleurs, quid des comptes qui ne sont pas en libre accès ? Seront-ils eux aussi plus enclin à entrainer une interdiction de séjour ?

Avec cette mesure, l’administration Obama s’est attirée la colère des associations qui défendent les libertés aux États-Unis, comme le rapporte le site Politico. « Techniquement, le choix de déclarer ces informations est basé sur le volontariat », a déclaré Nathan White, le directeur d’AcessNow ONG qui milite pour un Internet libre et gratuit. « Mais le processus pour entrer aux États-Unis est compliqué et très encadré, et il est probable que la plupart des visiteurs rempliront complètement le formulaire plutôt que de risquer qu’on leur pose des questions supplémentaires, voir d’être intimidés par des policiers en uniforme, ces mêmes officiers qui décideront si vous représentez un risque pour la sécurité des États-Unis.»

Les réseaux sociaux, vecteurs de la propagande terroriste

Le dispositif soulève des questions quant à protection de la vie privée. Le site Fusion s’interroge, par exemple, sur la nécessite de renseigner les comptes dont on dispose sur les sites ou les applications de rencontres. Par ailleurs, ce dispositif est faillible puisqu’une personne peut renseigner les identifiants d’un compte factice ou faire semblant de ne pas avoir de compte sur les réseaux sociaux. Il peut se révéler inefficace si les voyageurs choisissent de rendre leurs comptes «privés»: faute d’avoir les services de l’immigration parmi ses contacts, les autorités ne peuvent pas, officiellement, avoir accès aux statuts, photos, vidéos ou conversations d’un utilisateur. Officiellement, car le scandale des écoutes de la NSA, révélé par Edward Snowden en 2013, montre que les autorités américaines disposent, en réalité, de «grandes oreilles», lui permettant d’obtenir n’importe quel information sur les citoyens américains. Depuis décembre dernier, l’agence de sécurité nationale n’a légalement plus accès aux métadonnées des appels téléphoniques que passent les Américains.

Le contrôle des frontières américaines a été fortement renforcé à la suite des attentats du 11-Septembre. La question du contrôle des réseaux sociaux se pose plus particulièrement depuis la tuerie de San Bernardo en décembre et celle d’Orlando ce mois-ci. Ces terroristes les utilisaient pour diffuser leur propagande djihadiste, annoncer leurs actes, ou les revendiquer. En France, une disposition à l’article 20du projet de loi de réforme pénale, débattu en début d’année, autorisait l’État à exiger d’un individu ses identifiants utilisés sur Internet s’il revient en France après avoir fréquenté des terroristes présumés. Refuser de fournir ces informations aux autorités françaises pouvait conduire à 3 ans de prison et de 45.000 euros d’amende. Cette disposition a néanmoins été supprimée début juin. Il y a deux semaines, le père d’une victime des attentats de Paris a porté plainte contre Facebook, Google et Twitter, qu’il accuse d’avoir «sciemment» permis les actions terroristes. Une plainte qui rappelle l’impuissance des entreprises du Web face au terrorisme.

 

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